Journal de confinement J3 – Les fantômes du passé

Bonsoir à tous et à toutes! Aujourd’hui, les fantômes du passé, une métaphore, le funambulisme, l’anxiété et le saut dans le vide occupe mon Journal de confinement.

Face à moi-même, distraite dans ma routine, me distanciant des médias et des réseaux sociaux, je fais à nouveau face au vide, au silence, à mon moi le plus profond, sans artifice. Je suis déjà passée par là cet hiver. A force d’enlever les couches superficielles de mon identité et de mon ego, en ne me raccrochant plus aux béquilles de mes addictions, j’étais face au Vide. Oui, le vide avec un grand V. Le printemps avait appelé la reconstruction, le renouveau. Et puis, le monde s’est mis en pause. J’ai été forcée d’arrêter la reconstruction, de retourner face au Vide encore quelques temps. Voilà plusieurs mois que j’ai l’impression tenace d’être dans une période transitoire, d’avoir mis ma vie entre parenthèses, d’attendre indéfiniment de pouvoir construire une nouvelle vie, en raison de causes extérieures. Oh l’ironie que de devoir appuyer sur le bouton pause à nouveau, à 15 jours à peine de cette nouvelle vie que j’attendais avec tant d’impatience!

Je sais que cette phase est nécessaire. Elle n’est pas confortable, elle est parfois douloureuse, elle est souvent existentielle. Mais pour ne plus construire de châteaux de carte en Espagne, pour ne plus revêtir des masques peu flatteurs, pour ne plus se noyer dans la fuite, la transition est l’unique chemin. Je marche sur un fil. J’avance. Je suis une funambule qui a enfin trouvé son équilibre. Il reste encore un bout de chemin jusqu’au prochain palier. Les derniers mois m’ont d’abord appris à ne pas m’accrocher au baudrier, à tendre la main à un autre funambule, à accepter de m’appuyer sur lui, à la laisser s’appuyer sur moi, à marcher en toute confiance, à tenir sur le fil, à finalement enlever le baudrier. Il reste encore un bout de chemin jusqu’au prochain palier. Je vois le palier, je sais que j’y suis presque. Alors, je ferme les yeux et je fais un premier pas, puis un autre. Sans baudrier, sans filet de sécurité, sans barre d’équilibre, les yeux fermés. L’intuition est ma seule guide. Un véritable lâcher prise. L’acceptation de l’inconnu, quelque soit le résultat. Et même si je croyais déjà être prête au renouveau, je sais que j’ai encore des leçons à apprendre et je tire partie de cette pause, de ce dernier plongeon. “Rassurez-vous, ce n’est qu’une métaphore”. Et puis, en ajoutant ces derniers mots, au cours de la relecture de cet article, je me rends compte que si je file la métaphore jusqu’au bout, il ne s’agit pas d’atteindre le palier en toute sécurité. Je sais que je dois fermer les yeux, savoir marcher sur le fil et trouver l’équilibre et, une fois la leçon apprise, sauter dans le vide. En toute conscience. Sans savoir si je vais me rattraper, si je vais m’écraser au sol ou si je vais tomber pour toujours. Je ris soudain, en tapant cette dernière phrase, prise au jeu de ma propre métaphore. J’ai compris. Le vrai lâcher prise c’est le grand saut…

Je crois que l’on peut tous et toutes apprendre de la pause, du vide et du silence. Qui sommes-nous vraiment lorsque l’on enlève les couches qui constituent notre ego et notre identité? Qui sommes-nous sans nos loisirs, nos achats insensés, nos réseaux, notre travail et tout ce qui nous définit? Qui êtes-vous quand vous vous retrouvez sur un fil, sans avoir jamais appris l’équilibre, en avançant vers l’inconnu? Simplement vous, la meilleure version de vous-même, dans votre plus belle humanité. Et je crois que cette période difficile nous permettra d’apprendre cela individuellement, mais aussi, je l’espère, individuellement.

Les fantômes du passé ont tendance à réapparaître dans le noir et la solitude. Ils sont parfois de doux souvenirs, ils sont souvent effrayants et douloureux. Sachez que vous avez la capacité et la force d’y faire face, petit à petit et à votre rythme. Je sais, par l’expérience, qu’il ne fait pas bon être anxieux-anxieuse et d’avoir des fantômes toxiques dans son passé, en cette période de confinement et de ralentissement. S’il vous plaît, n’hésitez pas à demander de l’aide auprès d’une personne bienveillante et empathique capable de vous écouter. N’hésitez pas à dire à votre entourage que vous préféreriez que l’on ne parle pas de coronavirus à longueur de journée ou fixez un moment où chacun peut en parler ouvertement. Protégez-vous et protégez les autres autour de vous. Vous avez le droit de ne pas regarder les informations. Vous avez le droit de vous mettre dans votre bulle protectrice. Vous avez le droit de demander de ne pas recevoir des messages sur les sujets qui vous rendent anxieux-ses. Vous avez le droit de vous désabonner de comptes de réseaux sociaux anxiogènes. Vous avez le droit de prendre le temps que vous souhaitez pour répondre à un ami ou à la famille (et oui, même si tout le monde s’attend soudain à ce que vous soyez disponible parce que confiné-e). Vous avez le droit de vouloir du silence. Vous ne devez rien à personne et vous n’avez pas à prendre la responsabilité de tous les malheurs du monde.

Et chers amis-amies non anxieux-ses, s’il vous plaît prenez des nouvelles de vos amis et de votre entourage les plus vulnérables en termes d’anxiété, mais respectez aussi leur silence, leur rythme, leurs limites et leurs besoins.

Et si vous en sentez le besoin, n’hésitez pas à contacter un professionnel, que ce soit un psy, un coach ou autre thérapeute. Des solutions en ligne sont organisées pour ceux et celles qui le souhaitent.

Prenez soin de vous face aux fantômes du passé et souriez à l’inconnu et à l’incertitude. Il y a quelque chose de magique quand l’on se fait confiance, quand on fait confiance à son intuition et à l’univers, quelque soit l’issue.

Ce soir, assise près de ma fenêtre à regarder la nuit tomber, j’ai choisi. Je ferme les yeux et je saute, laissant le fil, vide, se balancer au-dessus de moi.

PS: Je crois utile de rappeler que j’ai tout à fait conscience de mon privilège, comme beaucoup d’entre nous, d’être en sécurité, en bonne santé, avec du temps, avec un toit et avec de la nourriture dans le frigo, mais ce journal de confinement est l’expression de mes pensées et réflexions quotidiennes, le reflet de ma vie et de mon évolution personnelle. Faire confiance en l’inconnu, même lorsqu’il est incertain et précaire a été l’une des choses les plus difficiles que j’ai eu à apprendre et que je continue d’apprendre tous les jours face à des situations difficiles. Je ne juge aucunement ceux et celles qui n’ont pas le temps de se perdre dans des considérations philosophiques. 🙂

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il continent des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on

Lucie Aidart

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