Journal de confinement J8 – Banalités

Je ne sais pas trop quoi écrire aujourd’hui. Seule des banalités me viennent à l’esprit. Une journée banale, de confinement ou de vie. Peut-être que cela ne mériterait même pas une entrée sur ce blog, mais obstinée, je persiste. Ecrire tous les jours. M’asseoir près de la fenêtre. Regarder le ciel, les oiseaux, le buisson. Observer la vie. Comme un mécanisme de survie, une bouée, une routine salvatrice.

Le buisson a de nouvelles feuilles. Les oiseaux pépient. J’ai découvert quelques bourgeons de framboises cet après-midi, sans doute bien avant l’heure. Un oiseau, que je serai bien incapable de nommer s’est posé quelques instants sur les tuiles. Les frelons et guêpes s’invitent à la danse, pour mon plus grand déplaisir.

Je me suis levée trop tard. Je m’étais couchée trop tard. La nuit, comme souvent ces temps-ci, était agitée. J’ai travaillé, un peu. J’ai lu, beaucoup. J’ai parlé quelques heures à une amie. J’ai trié, j’ai fait le ménage. Et déjà la journée s’était écoulée. A ne rien faire et à tout faire.

En nettoyant, je me suis rendue compte qu’on avait eu un problème de moisissure à la maison, et que j’avais perdu, depuis longtemps sans doute, un des objets qui m’était le plus cher. Pourtant, je ne suis pas vraiment attachée aux objets, mais en y réfléchissant bien, il n’y a rien sans doute aucun autre objet qui aurait pu me faire plus mal de perdre. Il s’agit de mon diplôme de ceinture noire de karaté, tout droit venu et rédigé au Japon, encadré par ma maman et mon papa, un symbole de mon adolescence, des temps passés, de cette passion qui me dévorait, de cet accomplissement à 17 ans, du travail de plusieurs années, sans aucun doute ma plus grande fierté. J’ai rapidement pris du recul, car cela ne reste qu’un objet et que cela n’enlève rien à la fierté, au savoir, à l’accomplissement, au travail et au souvenir, mais cela a été un coup. Un coup, mais une leçon également. De lâcher prise, mais aussi le rappel qu’un objet ne représente que la valeur qu’on lui donne et l’attachement que l’on lui accorde. En ces temps difficiles, cela n’a pas d’importance, même si jamais je ne pourrais avoir à nouveau le diplôme signé par mon senseï décédé il y a plusieurs années.

Si la maison brûle, on ne cherche pas à sauver les meubles et la paperasse. On sauve le vivant, on sauve les humains et les animaux, on essaye de sauver la nature. Notre planète “brûle” depuis des années et le Coronavirus est un incendie parmi tant d’autres et l’on en est encore à sauver l’économie, l’argent, les anciens usages. Est-ce que cette situation réveillera des individus, des politiques, des pans entiers de la société? Je n’en ai aucune idée, mais toujours, je ferai tout pour sauver le vivant, au sacrifice du reste, à ma mesure. Une pensée banale, galvaudée sans doute, mais nécessaire.

On prend pour acquis la vie, la santé, l’amour, les relations avec les autres, la nature, un bourgeon, une framboise. Comme quelque chose de banal, acquis pour toujours, inéluctable. Et si, on se trompait? Et si la banalité était plutôt dans nos diplômes, notre travail, nos loisirs, nos possessions? Une question rhétorique sans doute pour beaucoup, mais comme toute banalité, un bon sujet de conversation, de small talk.

J’étais fébrile en m’asseyant à la fenêtre aujourd’hui, triste de ma perte, anxieuse un peu peut-être, fatiguée sans doute, triste de certaines nouvelles. Mais me voilà apaisée. J’ai trouvé un subterfuge à la marche. L’écriture, la musique, une fenêtre. Et ça pour moi, cela n’a rien de banal.

Bonne soirée à toutes et à tous, faite de banalités essentielles et de nécessités superflues!

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on
J8 – Banalités

Lucie Aidart

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