Journal de confinement J26 – L’ennui

L’ennui. Bienvenue mon vieil ami, voilà bien longtemps que nous ne nous étions pas côtoyés. L’ennui, déjà. L’ennui, enfin. Il m’aura fallu attendre quatre semaines de confinement pour vraiment m’ennuyer. Je n’ai jamais vraiment été de celle qui s’ennuie, bien trop occupée par mes diverses passions, mes to-do lists, mes souvenirs et mon imagination pour m’ennuyer. Et puis, auparavant, si l’ennui arrivait, je le noyais, à coup de nourriture, de sorties et de séries. Plus récemment, je me rends compte que je ne laissais pas du tout de place à l’ennui, car en marchant plusieurs heures par jour, mes observations, mes réflexions, mes ruminations, mes pas et mes podcasts me passionnaient bien trop. Jusqu’à ce que je n’ai plus le droit de marcher plusieurs heures par jour.

L’ennui est donc arrivé cet après-midi, après une belle semaine revigorante, pleine d’une nouvelle énergie. J’avais fait mon rituel de silence, mon yoga, j’avais bossé sur mon projet d’écriture en cours, je m’étais douchée, je m’apprêtais à manger et je l’ai senti arriver, comme une lourde chape, s’abattant soudainement sur ma journée ensoleillée. J’étais surprise, déstabilisée, mais pas en colère, pas fuyante non plus. Je n’accueillais pas l’ennui à bras grands ouverts, mais je ne le repoussais pas. Je n’utilise plus la fuite ou les addictions pour noyer mes émotions et je me rends de plus en plus compte que, même si mon esprit y vagabonde immédiatement, je n’en ai pas du tout l’envie. Et c’est ainsi que je n’avais envie de rien. Ni d’écrire, ni de lire, ni de travailler, ni de dormir, ni de regarder des trucs bêtes ou pas, ni de surfer sur les réseaux sociaux, ni de faire du développement personnel, ni de faire du sport, ni le ménage, ni le jardinage, rien…

L’ennui était là, bien installé, bien au chaud dans ce confinement qui lui est propice. Je sais que l’ennui peut être salutaire, créatif, générateur d’idées et d’énergie. Je sais que l’on doit faire de la place pour l’ennui dans nos vies, mais je n’y étais jamais vraiment arrivée, trouvant bien trop de stimulations et de plaisir dans mes activités, aussi ennuyeuses soient-elles: par exemple, faire le ménage avec un podcast dans les oreilles ou une amie au téléphone, ça change tout, croyez moi!

Alors, j’essaye de l’accueillir cet ennui. Je suis même heureuse qu’il soit enfin arrivé. Je pondère tout de même sur le fait qu’il m’aura fallu un mois entier, pour arrêter de faire, faire, réfléchir, faire, créer et faire encore. J’espère vraiment que je saurai l’appeler, le conjurer plus rapidement la prochaine fois. Il faudrait peut-être que j’invente une incantation, une dans de l’ennui?

Dans nos vies hyperactives, hyperconnectées, hyperproductives, il est compliqué d’avoir accès à l’ennui. Enfant et adolescente, c’était bien plus facile, même si je me servais des livres, de l’école et du karaté pour le fuir. Mais quand on y a accès, pourquoi ne pas essayer de l’accueillir et de le vivre. Qu’est le pire qui puisse nous arriver si nous nous ennuyons? Rien, absolument rien. Au pire, un face-à-face bénéfique avec soi-même et ses démons et du temps perdu, mais le temps est une notion inventée par l’homme. Au mieux, une idée, de l’inspiration, de nouvelles réflexions. Dans l’entre-deux, du repos, de l’esprit, du corps, de l’âme. L’ennui ne serait-il pas le repos de l’âme?

Cet après-midi, je me suis allongée sur mon lit et j’ai regardé le plafond. Je me suis assise sur ce même lit, fixant le vide, dubitative. Je suis allée marcher tout de même, pendant mon heure quotidienne, trouvant des chemins stimulants que d’habitude. J’ai écrit cet article. Je vais sans doute appeler une amie si j’arrive à sortir de ma torpeur. Je fixerai sans doute le vide dans mon jardin. Et puis, j’ai eu des idées. Pour ma vie, pour mon boulot, pour mon projet d’écriture. Ce ne sont que des bourgeons d’idées, mais je sais que si je continue à bien accueillir l’ennui, l’inspiration sera au rendez-vous.

Et vous, comment vivez-vous l’ennui? Comment l’accueillez-vous?

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions, et les suivantes, de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on
J8 – Banalités
J9 – Ressources pour bien vivre le confinement
J10 – Privilèges
J11 – Revenir au corps et aux sens
J14 – Les certitudes
J17 – Home is within
J21 – 5 exercices et pratiques pour mieux se connaître
J26 – L’ennui

Lucie Aidart

2 réflexions sur « Journal de confinement J26 – L’ennui »

  1. Ah, l’ennui ! Je m’ennuie plutôt rarement, et en tout cas pas plus actuellement que lors de la vie “normale”. Il faut dire aussi que je fais partie de ceux qui continuent à aller travailler tous les jours dans un lieu extérieur, donc mon rythme a moins changé que pour d’autres personnes. Et quand je ne suis pas au travail, il y a beaucoup de choses que j’aime faire donc je m’ennuie assez peu. Mais lorsque cela m’arrive – notamment lorsque je suis fatiguée, et donc moins disponible pour “faire” des choses – j’essaie comme toi d’accueillir au mieux cet ennui, et de l’accepter…
    Aurélie Articles récents…Journal de confinement, semaine 5 (du 14 au 20 avril 2020)My Profile

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