Journal de confinement J2 – Ode à la marche

J’allais bien. Je vais bien. Mais j’ai été envahie par des ressentis et des émotions inattendus. A crise exceptionnelle, ses émotions hors du commun. Depuis plusieurs mois déjà, depuis presque un an en fait, j’ai décidé de ne plus refouler mes émotions, de ne plus les enfouir au plus profond de moi-même, de me les cacher ou de les cacher au monde. J’ai aussi décidé de ne plus me distraire, de ne plus m’anesthésier à coup de voyages, de nourriture, de travail et de séries télé. J’ai décidé de faire face. J’ai décidé de vivre pleinement les émotions, de les traverser, de les accueillir sans jugement, honte ou culpabilité. Evidemment, c’est un exercice beaucoup plus facile quand on va bien. Alors oui, il y a des moments difficiles, des émotions négatives ponctuelles, mais quand l’on s’est rendu compte que cela passe beaucoup mieux et beaucoup plus vite quand on se permet de les ressentir, c’est finalement anodin. Et puis, les grandes crises arrivent. Nos croyances sont remises en question, nos apprentissages sont mis à l’épreuve, nos armes de l’esprit et du coeur font l’épreuve du feu.

Alors oui, j’allais bien, je vais très bien même. J’ai traversé un peu d’anxiété et j’ai replongé un ou deux jours dans des vieux schémas, mais c’était comme si j’y avais trempé un orteil à peine, comme si tout était plus facile. L’anxiété collective est difficile à gérer pour celles et ceux qui ne savent pas où s’arrêtent leurs émotions et où commencent celles des autres. Mais même cette épreuve, je l’ai réussi. Mes barrières sont bien hautes et je sais aujourd’hui différencier mes émotions et ma sensibilité de ce qui est extérieur (et ce n’était pas un pari gagné, croyez moi!).

Aujourd’hui, je devais aller faire mes courses hebdomadaires. J’avais sciemment évité les magasins depuis une bonne semaine et le début du confinement, pour ne pas me retrouver au coeur de la cohue et de la panique.

En mettant le pied dehors, en laissant danser le soleil sur ma peau, j’ai eu les larmes aux yeux. Je marchais sur le bitume, près d’un rond-point et d’une zone industrielle – oh combien peu poétique – et l’eau salée chatouillait mes cils. J’étais émue de retrouver le soleil après des semaines de pluie. J’étais ravie de voir le printemps qui s’égayait et la nature qui vivait, bien plus heureuse et tranquille depuis que les humains étaient confinés. J’étais déterminée, mais anxieuse en marchant seule dans une ville morte. J’étais perturbée par mon premier laissez passer qui, bien logé dans mon portefeuille, pourrait prouver que j’avais bien le droit d’être dehors. Aussi bête et privilégié que cela puisse paraître à certains, je me sentais prisonnière, là, à marcher seule au soleil. L’une de mes plus grandes valeurs, si ce n’est la première, est la liberté. Et c’est à ma liberté que l’on avait touché ce jour-là.

Je marche quasiment tous les jours, depuis 3 ans, par tous temps. Ces derniers mois, je pars souvent pour 2 ou 3h dans l’après-midi, si j’en ai la possibilité. Et je n’avais pas réalisé à quel point cette marche était le symbole de ma liberté, de mon bien-être physique et mental et que sans elle, je me retrouvais en cage, dans une prison invisible, auto-construite et symbolique. Sans la marche, je perdais mon moyen de décompresser, mon exercice physique, mes moments d’enchantement, mes moments de réflexion et d’apprentissage et tout simplement la partie préférée de ma journée. Je perdais cette constante, cette routine qui m’avait accompagnée dans les bons moments et les mauvais, mon ancrage. Sans la marche, j’étouffais. J’avais toujours pressenti que c’était ce que j’avais de plus précieux et que cela serait l’une des choses les plus dures à accepter si on me l’enlevait. Je sais bien rationnellement, que c’est une pensée construite par moi-même et que je peux apprendre à penser différemment. Et je le ferai.

Aujourd’hui, j’ai pu marcher 30 minutes pour aller au supermarché. J’ai aussi été courir 30 autres minutes autour de chez moi pour compenser, avec un autre laissez passer. 3 individus qui changeaient une roue en ont d’ailleurs profiter pour m’aborder et me lancer des “Je t’aime”. C’était rassurant de voir que rien n’avait changé. En fait non, après réflexion, c’était aberrant que rien n’ait changé. Et je suis bien naïve d’avoir cru au changement si rapide, même le temps de quelques secondes.

Mais le plus important je crois, c’est d’avoir accueilli ces larmes et cette émotion, de l’avoir vécu, de l’avoir comprise et de l’avoir déconstruite et extériorisée par l’écriture. D’avoir compris aussi, que j’utilisais sans doute la marche comme une échappatoire, qu’elle avait remplacé d’autres soupapes. C’est certes sain, mais je peux maintenant apprendre à me libérer petit à petit de cette routine quand cela est nécessaire.

Une chose est sûre, une fois que l’on sera de l’autre côté, si vous me cherchez je serai par monts et par vaux. Qu’importe le lieu, ma liberté a été, est et sera de marcher.

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on

Retrouvez mon premier article, écrit lors du Jour 1 du confinement, où je parle de santé mentale et de confinement et où je donne de nombreux conseils pour préserver sa santé mentale!

Lucie Aidart

2 réflexions sur « Journal de confinement J2 – Ode à la marche »

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