Journal de confinement J17 – Home is within

Hier, c’était le 1er avril 2020. Je crois qu’il n’y avait aucune blague assez drôle nous faire oublier le confinement. Moi-même, je ne me suis pas vraiment attardée en ligne et j’ai passé beaucoup de temps en paix, avec mon silence intérieur. Il paraît que l’on est jamais mieux qu’avec soi-même quand on apprend à se connaître, s’accepter et s’aimer.

Hier, mon autre blog, Voyages et Vagabondages fêtait ses 9 ans d’existence. Et hier, si le confinement n’avait pas eu lieu, je devais arriver en train à Edimbourg, pour commencer ma nouvelle vie d’expatriée. Joke is on me… Cela aurait fait un joli cercle vertueux, une jolie boucle propre et bien bouclée, un retour à la case départ, un renouveau, avec de nouvelles cartes en main. Car il y a 9 ans, dans ma minuscule chambre londonienne, je lançais ce blog, comme une bouteille à la mer, comme une énième bouée, avec une volonté farouche de changer de vie et d’être heureuse, avec la certitude inébranlable que j’allais partir en tour du monde. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais vivre dans les années suivantes, mais je travaillais et j’économisais, avec la certitude que je partirais, trois ans plus tard, en tour du monde. J’ai bel et bien réalisé ce projet et trois ans et demi plus tard, je partais en tour du monde. Mais aujourd’hui face à cette certitude qui aurait pu tout aussi bien exploser en mille morceaux pour mille raisons différentes, je souris. Parce ce qu’il n’y a jamais et qu’il n’y aura jamais aucune certitude. On peut faire des plans et des projets, et c’est même salutaire pour l’humain, mais il faut aussi savoir accepter, le moment venu, que certains ne se réaliseront pas. Il n’est pas toujours facile de faire le deuil de nos projets, mais c’est souvent salutaire. Oh, je ne dis pas que je ne partirai pas vivre à Edimbourg un jour…! Il est impossible pour moi de savoir ce qui va se passer, mais j’ai fait le deuil de mon printemps écossais et de mon renouveau printanier. Peut-être ferais-je, en temps et en heure, le deuil de cette expatriation, mais rien ne sert de m’interroger sur cela pendant des longues heures, de construire des châteaux de sable, qui s’envoleront sans aucun doute au vent de la tempête et de l’inconnu.

Ce confinement me rappelle que je suis nomade depuis 7 ans maintenant. Que je n’ai pas de chez moi. Que je n’ai pas construit de cocon tout doux ou de communauté. Ce confinement qui arrive pile au moment, où je m’apprêtais à commencer à construire ce chez-moi, est une ironie du sort qui me fait hurler de rire. Bien joué, Univers, tu m’as encore eu! Et je ne peux que rire et accepter l’absurdité et ce mauvais timing. Voilà plusieurs années que je me pose des questions, que je tergiverse, que j’oscille entre ma vie nomade et ma recherche d’identité. Voilà un an et demi aussi que j’ai décidé de trouver un chez moi, mais que je savais pas encore où me stabiliser. Et voilà que, alors que je savais, alors que les billets de train étaient réservés, alors qu’il ne manquait que deux semaines avant la mise en place d’une nouvelle vie, je ne peux finalement pas partir. Et je ne peux m’empêcher de trouver cela hilarant. Il faut dire que j’ai toujours aimé l’humour noir et cynique…

Ce 1er avril 2020 marquait aussi le début d’une décision que je venais tout juste de prendre, de vivre mes matinées dans un vrai silence introspectif et de ne pas laisser podcasts, livres et messages extérieurs envahir mon réveil (cela faisait déjà bien longtemps que j’avais arrêter télévision, informations, réseaux sociaux et autres bruits matinaux). C’était aussi le dernier matin d’un challenge Yoga d’un mois, dont la thématique était “Home“. Ca ne s’invente pas, je vous dit! Et là, sur mon plancher, dans le silence le plus glorieux que j’ai pu connaître, quelques mots et sanglots me ramenaient à la vérité. Home is within. Ma maison, mon chez-moi, mon identité est en moi. Je suis la seule à pouvoir décider ce qui constitue mon chez-moi, au quotidien, mais aussi en ces temps de confinement. Cette vérité que j’ai toujours su, toujours cru, dont j’ai besoin de me souvenir parfois m’a explosé à la figure ce matin-là. Home is within. Chez moi, en confinement ailleurs, en voyage au bout du monde. Home is within.

En me promenant cet après-midi, sur le quelques mètres de chemin blanc qui me sont autorisés, j’ai remarqué que le champ était labouré. Je m’émerveillais il y a quelques jours des mottes de terre, et là, la terre labourée réveillait en moi de drôles d’émotions. C’est sans doute la première fois de ma vie que mon horizon quotidien est si limité, mais c’est aussi la première fois que je peux voir un morceau de la terre évoluer, chaque jour, à chaque seconde, que ce soit le champ, mon framboisier, le buisson de la voisine ou moi-même. J’étais toujours partie, j’étais toujours ailleurs, j’étais toujours dans le mouvement. J’ai vu de nombreux paysages, certains plusieurs fois, à des saisons différentes. Mais je n’ai jamais pris le temps d’observer, tous les jours, un buisson ou un champ, pendant des jours, des semaines, des mois. Comme quoi la sédentarité peut avoir du bon!

Alors je repars, dans mon cheminement intérieur et dans l’observation de mes émotions et de mes pensées quotidiennes, tout comme j’observe le champ, le buisson et le framboisier. Et je ne suis pas prête de m’ennuyer…

Home is within, home is within, home is within.

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on
J8 – Banalités
J9 – Ressources pour bien vivre le confinement
J10 – Privilèges
J11 – Revenir au corps et aux sens
J14 – Les certitudes
J17 – Home is within

Lucie Aidart

2 réflexions sur « Journal de confinement J17 – Home is within »

  1. Un tres grand merci Lucie pour tous ces articles et réflexions de confinement
    quelles chances tu as de pouvoir pleinement profiter de cette halte imposée. Je ne dispose pas de tant de temps mais je vais tester tes 5 exercices qui m’ont bien parlé et inspiré….

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