Journal de confinement J11 – Revenir au corps et aux sens

Comme je le disais dans mon épisode sur les Privilèges, j’ai eu un petit coup de mou hier. C’était une histoire de vulnérabilité, d’empathie, d’hypersensibilité et d’écoute. Je ne rentrerai pas dans les détails aujourd’hui, car ce n’est pas le sujet de ce onzième jour de mon journal de confinement. En fait, l’anxiété, les tensions s’accumulaient dans mon corps depuis plusieurs jours. Une douleur surprenante à la rotule droite qui n’avait pas lieu d’être. Une douleur lancinante à la gencive, qui pourrait être liée à mes traitements dentaires en cours, mais probablement pas. J’ai appris ces derniers mois, que mon corps m’envoyait des messages très spécifiques et qu’en fonction de la partie du corps et du mal, je pouvais définir assez précisément ce qui ne tournait pas rond. Pour le moment, depuis novembre dernier, cela marche à 100% et je suis assez bluffée. Je ne sais si c’est de l’auto-persuasion, du hasard ou un nouveau langage que j’appréhende, mais je penche plutôt pour la dernière option.

Quoiqu’il en soit, mon corps m’envoyait un message, parce qu’il y avait quelque chose qui bloquait, quelque chose de non-résolu ou une émotion que je n’avais pas vécu. Je ne m’étendrais pas sur les synchronicités et les réponses que j’ai trouvé dans les podcasts du jour. Je suis sortie marcher. Il y a un petit chemin blanc derrière le lotissement, à 500m de chez moi, où il n’y a personne et où j’ai fait de nombreux allers-retours en réfléchissant. La marche, l’activation du corps est souvent ma meilleure solution, mon remède. J’ai trouvé ma réponse, j’ai fait le travail cognitif nécessaire, j’ai pris les actions pour me libérer. Et comme par magie, en une heure, la douleur est partie, comme soulevée de mes épaules et de mon corps. Ce n’est pas la première fois que cela arrive et cela prend souvent bien plus longtemps qu’une journée de travail sur moi-même, mais j’avais envie de partager avec vous cette anecdote de confinement.

C’est l’importance de revenir aux corps, à ses sensations, à ses sens. Parce qu’il nous envoie des messages, des signaux, des messages d’alerte, qui se transforment au fil des mois et des années en maux plus graves si on ne sait pas écouter. Parce qu’il offre une grille de lecture précieuse. Mais aussi parce qu’en revenant au corps, en l’activant, en se recentrant en lui, on trouve aussi beaucoup de remèdes à ces maux. Par la marche, par la danse, par le mouvement, par le simple toucher. Parce qu’aussi, en ces jours de confinement, où l’on a peu-être l’impression que l’on nous a tout pris, qu’il ne nous reste plus grand chose, il reste encore et toujours, le corps et nos sens.

Par le toucher, on se rassure, on se réconforte, on prend conscience de son univers et de la présence des choses et des objets autour de nous. Par la vue, on voit peut-être le printemps éclore sous nos yeux, du mouvement ou de l’immobilisme par la fenêtre, le logement qui nous accueille. Par l’odorat, on sent l’air frais, l’herbe fraîchement coupée, la pluie sur le goudron, le café ou le thé chaud. Par le goût, on découvre ou redécouvre de nouvelles saveurs. Par l’ouïe, on écoute l’autre, une douce musique ou encore le chant des oiseaux. Par le sixième sens peut-être, par l’intuition, on se connecte à la conscience collective et à sa spiritualité. Par le corps, on vibre, on ressent, on sent, on expérimente, on vit. Le corps au centre de cette expérience de confinement, pour faire taire l’esprit, l’ego et l’anxiété.

Et puis, il est important de revenir au corps pour ressentir ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. On a l’habitude de repousser les émotions négatives, de les enfouir, de les rejeter, de les masquer, de tenter de les oublier pour ne pas les vivre. Cette stratégie n’est jamais la bonne solution. On ne peut que les vivre et les traverser, il n’y a pas d’autre voie. Il y a des émotions négatives, des émotions positives, d’autres utiles, d’autres inutiles et nous sommes responsables et créateurs de nos émotions. Alors, c’est en revenant au corps qu’on peut les accepter, les vivre vraiment, les ressentir, les laisser traverser pour passer à autre chose. Une émotion dure peut-être de 5 minutes à 45 minutes (je ne suis pas sûre des durées) et si au pire, on doit ressentir 30 minutes d’inconfort, n’est-ce pas mieux que toute une vie à lutter contre des émotions enfouies? Alors oui, il faut revenir au corps, s’arrêter, sentir où l’émotion se manifeste, comment, comment elle se développe et ce qu’elle crée chez vous. La ressentir avant de la nommer, la vivre avant de la comprendre et de l’analyser.

Pour ceux qui peuvent en profiter pour vivre cette pause, je ne peux que vous inviter à essayer de vivre une émotion, plutôt que de l’enfouir immédiatement et à voir ce qui se passe vraiment. Avant de faire ce travail sur mes émotions, mon premier réflexe était de manger pour oublier. Ou de regarder des séries. Aujourd’hui, je m’arrête, je la vis, je traverse et j’en ressors à chaque fois grandit, même si c’est parfois une expérience difficile. Parfois, je n’écoute pas mon corps et mes émotions et des douleurs se manifestent. Je suis plus que tout reconnaissante de savoir écouter mon corps, après en avoir été déconnectée pendant des années.

Revenir au corps et aux sens est sans doute la plus belle et la plus utile leçon que j’ai apprise l’année dernière. Et quelque chose me dit que cette leçon peut être utile en ces temps de confinement.

J’entends le chant des oiseaux tout près. Il y a un âne qui braie au loin. De nouveaux bourgeons ornent l’arbre de la voisine. Le soleil caresse ma peau et mes doigts tapotent les touches. Je viens de déguster deux carrés de chocolat aux fruits de la passion et je sens l’air du soleil couchant. Je sais que je suis au bon endroit au bon moment, au présent. Et si je l’oublie, mon corps sera toujours là pour me le rappeler.

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on
J8 – Banalités
J9 – Ressources pour bien vivre le confinement
J10 – Privilèges
J11 – Revenir au corps et aux sens

Lucie Aidart

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Revenir en haut de page