Journal de confinement J10 – Privilèges, jugement et comparaison

J’ai eu un petit coup de mou aujourd’hui. Parce que ça fait 14 jours que j’ai décidé de me confiner et de renoncer à mon expatriation. Parce que cela fait 10 jours que l’horizon de mon regard s’est réduit à un kilomètre ou un supermarché. Parce que j’ai mes règles. Parce que j’ai peu dormi. Parce que j’ai eu quelques réalisations profondes aujourd’hui. Mais après tout, il n’y a pas besoin de raison, il n’y a pas besoin de parce que. Autant que nous sommes tous responsables de nos propres émotions et actions, nous avons tous le droit de ressentir les émotions qui nous traversent sans justification ou culpabilisation, malgré nos privilèges.

Mais c’est justement la question qui m’habite depuis quelques jours et dont je voulais vous parler. La question du privilège, du jugement, mais aussi celle du droit à la parole et du droit à nos émotions.

Mes privilèges de vie, mes privilèges de confinement

Dans ma vie “normale”, j’ai des privilèges. Il est important des les reconnaître, qu’il s’agisse de privilèges de naissance ou acquis. Je suis Française, blanche, je n’ai jamais connu la faim et j’ai toujours eu un toit au-dessus de ma tête, j’ai reçu une éducation supérieure, j’ai beaucoup voyagé, j’ai un accès privilégié à l’information (en trois langues), j’ai une grande liberté de mouvement, etc… Il y a d’autres éléments qui font de moi une personne moins privilégiée dans certaines circonstances, parce que je suis une femme, parce que je suis obèse, parce que j’ai connu la pauvreté et la précarité et pour d’autres raisons privées et invisibles. En ces temps de confinement, je mesure ma chance et je suis infiniment reconnaissante et emplie de gratitude pour plein de raisons, dont je ne pourrais faire la liste exhaustive en un article. En cet instant même, j’ai un toit, j’ai à manger, j’ai accès à Internet, je suis en congé sabbatique, j’ai un petit jardin, le soleil est de la partie depuis le début du confinement, je suis en bonne santé, je peux téléphoner à mes amis et à mon entourage, je suis avec mon père, j’ai une bibliothèque bien remplie pour tenir des mois de confinement, j’ai une éducation et de l’expérience, qui font que, malgré la précarité à venir, je saurais retrouver un travail ou des missions à la sortie du confinement même si mes plans ont été chamboulés, j’ai une bonne santé mentale, un regard positif sur le monde, ma famille proche est en bonne santé… Je l’ai déjà dit, si cela devait arriver, le confinement se passe pour moi au moment parfait. J’ai conscience également que les privilèges évoluent au cours d’une vie, avec plus ou moins d’ampleur, mais j’ai l’impression que la chance et le hasard du temps ont beaucoup joué dans mon privilège de confinement. Il y a un an, le coronavirus m’aurait confinée alors que j’étais dans un minuscule et bruyant studio parisien, précaire financièrement, avec une santé mentale et physique au plus bas. Un mois plus tard et je me retrouvais dans un pays étranger, au système de santé bancal, sans entourage, sans travail, sans aide, sans appartement peut-être. Oui, mon privilège de confinement est beaucoup dû au hasard du temps.

Droit à nos émotions, à notre histoire, à notre voix

Alors oui, le confinement ne fait que mettre en exergue des problématiques sociales qui existaient déjà et il est important d’en parler, de continuer l’engagement et d’aider les plus précaires et ceux qui vont souffrir le plus cette crise sanitaire. J’imagine que je ressortirais de cette situation un peu plus précaire que je ne l’étais en y entrant, mais j’ai fait il y a longtemps le choix de la précarité en étant autoentrepreneuse et je l’accepte. Il est important de reconnaître nos propres privilèges et nos désavantages. Cette situation nous a tous mis à fleur de peau et nombreux sont ceux qui semblent se rendre compte pour la première fois des privilèges, des différences économiques et sociales et des injustices inhérentes à nos sociétés capitalistes.

On crie à l’indécence, on compare les situations, on juge l’autre, on se juge soi-même, on hiérarchise la douleur et la souffrance, on veut faire taire les voix qui nous dérangent, on ne veut pas voir la différence. Mais ces différences ont toujours été là et continueront de l’être après le coronavirus. Il est important de les reconnaître et d’apporter son aide, de faire bouger les choses, mais croire à une union instantanée et symbiotique de l’humanité est aussi idéaliste, qu’impossible. Nos expériences de vie sont différentes, en raison même de nos histoires personnelles, de nos ressentis et de nos privilèges. Et nous vivons tous cette crise sanitaire et le confinement avec nos histoires et avec nos privilèges. Parce que des gens meurent de faim ou de maladie, doit-on arrêter de parler d’anxiété et de violence conjugale? Y-a-t-il une échelle de la souffrance? Parce qu’il y a un virus qui enflamme la planète tout entière, ne doit-on pas parler des aspects positifs pour l’environnement et de la beauté de la nature sans l’impact de l’humain? Parce que ma voisine (fictive) a une mauvaise expérience du confinement, n’ai-je pas le droit de mon expérience avec mes ressentis positifs et négatifs à la fois? Depuis quand n’ya-t-il qu’une seule voix, qu’un seul chemin, qu’une émotion universelle?

Je parle de tout cela parce que j’ai lu beaucoup de commentaires en ce sens sur les réseaux et dans les médias. Et j’ai eu honte. Honte de mes privilèges. J’ai culpabilisé d’aller bien et de le vivre bien. J’ai culpabilisé d’y voir une opportunité de pause et de regénération pour la planète, pour la conscience collective et pour mon moi individuel. J’ai culpabilisé d’écrire de manière positive tous les jours ici. J’ai culpabilisé de dire à mes amis que j’allais bien et que j’avais trouvé une nouvelle énergie, alors qu’ils vivaient une autre expérience. J’ai eu honte d’avoir une voix, j’ai eu honte de mes first-world problems. J’ai eu honte d’osé écrire quelque chose de différent.

Alors que je sais bien que ce n’est pas la solution. La honte, la culpabilisation, le silence, des émotions refoulées parce que différentes ou trop intenses, la comparaison, le jugement de l’autre et de soi ne sont pas des solutions. Ils ne font que contribuer au problème et à la négativité collective.

La colère, le jugement et la comparaison seront notre perte

La colère et le jugement envers l’autre ne sont, la plupart du temps, que des projections de ce que l’on ressent envers soi-même. Quand on juge l’autre, on se juge soi-même. Juger l’autre parce qu’il porte un masque, parce qu’il est sorti malgré l’interdiction, parce qu’il fait un footing, parce qu’il pose des questions bêtes, parce qu’il appelle à l’aide, parce qu’il est venu de Paris avec toute sa famille, parce qu’il est anxieux, parce qu’il est dans le déni, parce qu’il en tire partie, parce qu’il a peur, parce qu’il accepte la situation, c’est se concentrer sur l’autre et l’extérieur, c’est vouloir tout contrôler (l’environnement extérieur et son prochain), c’est oublier que l’on n’est responsable que de soi-même, de ses actions et de ses émotions, c’est ne pas savoir lâcher prise, c’est se juger soi-même. Parce qu’on est tous humain-es, parce qu’on fait tous des erreurs, parce qu’on a tous une histoire, une éducation, des privilèges, des blessures différentes. Parce que je crois que l’on a tous sous-estimé le coronavirus à un moment donné ou un autre, que ce soit en janvier, à la mi-mars ou pour les réfractaires aujourd’hui et que l’on a tous fait des erreurs à plus ou moins grande échelle. Je ne justifie en aucun cas ces erreurs, qui pour certaines auront des conséquences gravissimes, mais j’appelle à la compassion et je crois que hurler au scandale, insulter, juger, n’apporte absolument rien de bénéfique, ni pour soi-même, ni pour la société.

Rien ne sert d’avoir raison ou tort et de convaincre l’autre de son point de vue (je ne parle pas dans cet article bien sûr des gouvernements, des scientifiques ou des institutions décisionnelles, mais bien des particuliers). Seul la compassion, l’écoute, l’empathie nous mèneront vers plus de compréhension de l’autre. Le jugement, la comparaison, la colère, le rejet ne nous mèneront que vers plus de différences et de séparation entre les gens et les sphères de la société. On l’a bien vu avec l’élection américaine, avec le Brexit et de plus en plus ces dernières années. J’étais aussi jusqu’à il n’y a encore pas très longtemps, dans le manichéisme, dans le rejet, dans la réaction négative, dans la moquerie des points de vue qui ne me convenaient pas, de ceux qui étaient différents du mien. J’ai beau ne pas être d’accord, j’essaye d’écouter tant que le partage est bienveillant et respectueux, autant que j’aimerais que l’on m’écoute. Et si cette écoute, dans la cacophonie actuelle, était finalement ce que l’on avait de plus précieux et ce qui pouvait nous unir?

Et si on arrêtait de s’auto-culpabiliser et de juger l’autre?

Parfois, parce que je ne suis pas d’attaque, car je sais que je ne réagirai pas bien, je ne m’expose pas à ces points de vue qui me dérange, pour me protéger, mais j’ai alors une bonne raison. Mais quand je vais bien, quand je suis bien centrée et ancrée en moi-même, c’est alors que je peux m’ouvrir à l’autre, écouter, apprendre et faire preuve de compassion, même pour ceux que l’on considère comme les pires de l’humanité. Si lorsque l’on lit ou voit quelque chose, on réagit, on se braque, on culpabilise (levez la main si cela ne vous ai jamais arrivé!), c’est à ce moment-là qu’il faut réfléchir à ce qui se passe, à où se trouve le point de friction? L’auteur n’a pas pour but de vous faire culpabiliser. Il énonce peut-être une vérité qui vous dérange. Peut-être cela renvoie-t-il à votre propre dissonance cognitive ou à un jugement que vous émettez envers vous-même? Permettez-moi d’enfoncer quelques portes ouvertes. Si j’écris un article sur comment j’ai décidé d’arrêter l’avion ou comment je suis devenue vegan pour protéger l’environnement et les animaux (à venir, je vous prépare… hehehe!), je ne l’écris pas pour vous culpabiliser. Je l’écris pour raconter mon histoire et mon expérience personnelle, pour énoncer des faits et mon point de vue. Vous êtes seul-e responsable ensuite de la manière dont vous réagissez à l’article et ce que cela vous fait ressentir.

Quand on critique et on s’énerve contre un individu qui ne respecte pas le confinement, parce qu’il n’a rien compris, qu’il est égoïste, qu’il ne se rend pas compte des conséquences de ses actions… souvenez-vous que c’est exactement la même chose lorsque vous êtes critiqués parce que vous prenez trop l’avion ou que vous mangez trop de viande… Je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de faire changer les choses ou de communiquer et je ne le fais pas moi-même, mais les critiques viennent du même endroit, de la même peur, de l’anxiété, de l’envie de contrôler le monde autour de soi, d’avoir raison et finalement de vouloir sauver la planète, l’humanité, la biodiversité. La seule différence est que ces derniers sont en avance sur leur temps, alors que critiquez ceux qui ne respectent pas le confinement… c’est plutôt accepté et tendance. Bref, je m’égare…

Appel à témoignages!

Je reparlerai demain je pense d’écoute, de vulnérabilité et d’empathie.

J’ai un autre privilège, dont je n’ai pas encore parlé. Celui d’avoir une plateforme, d’avoir une voix et d’être lue, ici, mais aussi et surtout sur Voyages et Vagabondages. Parce que je crois qu’il est important d’entendre toutes les voix, mais surtout de donner une plateforme à ceux et celles qui n’en ont pas forcément, parce que j’ai cette plateforme, je souhaite vous proposer de témoigner, ici ou sur Voyages et Vagabondages en fonction de la thématique, par écrit, par audio ou vidéo, de votre histoire de confinement, de votre histoire face à la crise sanitaire, de votre ressenti.

Si vous voulez témoigner, si vous avez une histoire de confinement particulière, ordinaire ou extraordinaire à raconter, écrivez-moi sur info (at) voyages et vagabondages (point) com et nous discuterons de la possibilité de le faire et du format. Je me réjouis de vous lire, de vous écouter et d’entendre plus de voix ici et ailleurs sur la toile.

Pour ma part, je continuerai à écrire ici, à raconter mon histoire de confinement et à partager ma voix, mon histoire, mes émotions, ma vision du monde, qu’elle soit positive ou négative, qu’elle soit différente ou banale, qu’elle soit intense ou monotone. Parce que, comme vous, comme toi, j’ai le droit à ma voix et à mes émotions, parce que j’en suis responsable.

Dans le jardin de la voisine qui n’habite plus là, l’herbe est haute. Il y a des pissenlits qui poussent et des mauvaises herbes qui envahissent le cactus près de la haie. Il y a aussi un arbre que je croyais mort, mais où poussent aujourd’hui des bourgeons de fleurs blanches.

Ma voix est une fenêtre sur le monde. Elle n’a pas plus ou moins de valeur qu’une autre. C’est une fenêtre parmi tant d’autres. Semblable et différente à toutes les autres fenêtres, dans son humanité et sa vulnérabilité.

Journal de confinement

Voici les précédentes éditions et les suivantes de ce journal de confinement. Il contient des réflexions diverses sous différents formats. Bonne lecture!

J1 – Santé mentale et confinement: quelques idées et réflexions pour préserver sa santé mentale.
J2 – Ode à la marche
J3 – Les Fantômes du passé
J4 – La peur
J5 – Silence
J6 – Etre une voyageuse au temps du Coronavirus (à lire sur mon autre blog)
J7 – La vie continue – Life goes on
J8 – Banalités
J9 – Ressources pour bien vivre le confinement
J10 – Privilèges

Lucie Aidart

4 réflexions sur « Journal de confinement J10 – Privilèges, jugement et comparaison »

  1. Je suis absolument d’accord avec la nécessité de ne pas juger autant que possible l’autre, et ce même de ne pas juger quand l’autre est dans le jugement car ça nous arrive à tous de juger.

    J ai eu ce même sentiment de culpabilité que toi au début du Confinement car je me sentais «  privilégiée ». Le buzz autour du journal de confinement de l. Slimani clashée par diane ducret dans Marianne m’a fait prendre conscience d’une chose : Un privilège s’évalue par rapport à une norme de référence et si tu as plus c est que tu as « du bol » et faudrait surtout pas trop en être heureux pour pas choquer ceux qui n’ont pas le bonus. MAIS, Il n’y a pas de norme, il y a juste toi et ta vibration.
    Nan, je ne suis pas privilégiée, j ai juste fait des choix qui m’ont menée vers des situations, des personnes plus douces et il est logique que je retire les fruits de ce travail. Je ne suis pas privilégiée, mais par contre c’est vraiment vraiment cool et je suis reconnaissante à moi, à la vie, et aux gens qui ont concouru à ce résultat.
    Cela ne m’empeche Pas de comprendre ceux qui souffrent seuls dans des studios parisiens et en viennent à haïr ceux qui sont mieux lotis, comme diane ducret. Je comprends car moi je n’en serais pas capable et car moi aussi il m’est arrivé de haïr très fort qqun qui avait ce que je n’arrivais pas à avoir.
    Mais chacune de ces personnes se retrouve aujourd’hui face au résultat de ses choix. Il est indéniable que certains seront trop fragiles pour en assumer seuls les conséquences et ceux là il faut les secourir (femmes victimes de violences, sdf, personnes âgées ou à la santé abîmée).
    Il y en a d’autres tels cette ecrivaine diane ducret a qui je laisserai le soin de se débrouiller… quand on est écrivain, qu’on peut travailler de n’importe ou mais qu’on choisit de s’implanter dans un studio à paris donnant sur un mur sale et un bar, loin de la seule famille qui lui reste (sa grand mère), je ne crois pas que le pb soit la vie de leila slimani qui a pris soin de se ménager un espace de bien être mais bien madame ducret et ses choix de nier les besoins fondamentaux de l’être humain.

    Pour illustrer mon propos, expérience perso: quand je vivais à paris, je dépérissais par manque d’espace, de nature, de calme, d’argent. Certains collègues bobo parisiens me critiquais car je n avais aucun intérêt pour toutes leurs expos, musées, apéro fooding étc, parce que j Avais osé prendre 47m2 et pas 30 comme tout le monde etc.
    Je leur ai laissé leurs expo et je suis partie vivre près de la nature. Eux sont restés. Mais aujourd’hui, qui est bien ? Celle qui s’est rendue compte que la connexion à la nature, l’espace et le calme sont des besoins fondamentaux de l’être humain, et que la culture tu peux la trouver un peu partout. Qui est mal ? Ceux qui ne vivaient que pour les sorties, les expo, les bars, tout pour ne pas rester chez eux et risquer de se retrouver face à eux mêmes.

    J’en termine : il n’y a en fait aucun problème avec le confort, la grande maison à la campagne, avoir de la bonne bouffe en abondance étc. L important c est que tout ça ne soit pas un élément qui nous détermine, une compensation à un ego déséquilibré. On peut s’amuser avec tous les jouets tant que ce n’est pas pour combler un vide. Croire qu’une personne qui vit avec peu sera forcément une meilleure personne, ou aura plus de valeur étc, c est une fausse croyance que beaucoup continuent de cultiver.

    1. Hello Aurélie. Tout à fait d’accord avec toi, notamment ne pas juger celui qui juge, et ne pas se juger soi-même quand on juge, deux exercices difficiles, mais nécessaires quand on y arrive. Oui, les débats autour de Leila Slimani et Marie darrieusecq m’ont clairement faite poser des questions, mais aussi des remarques de plusieurs personnes, jugeant ce qui était décent ou pas à partager en ce moment, alors que bien sûr, ce n’est pas indécent de partager ses voyages dans le monde entier quand il y a la guerre en Syrie ou que des espèces entières sont en train de disparaître. Je m’égare, mais l’empathie semble parfois bien limitée à quand on se sent touché personnellement ou géographiquement. Oui, la comparaison, qu’elle soit négative ou positive est néfaste, surtout pour soi-même.
      Je suis tut à fait d’accord sur le fait que nous soyons la somme de nos choix et de nos décisions, même si évidemment, certains partent de positions plus simples à la naissance, par leur couleur de peau, leur lieu de naissance, leur classe sociale… Il ne faut pas oublier de reconnaître nos privilèges et nos désavantages. Etant transfuge de classe, je sais à quel point il est difficile de changer de classe sociale et tout en étant fière de ce que j’ai accompli, je suis aussi consciente de mes privilèges innés et acquis. Et oui, en effet, cela n’empêche pas l’empathie pour ceux qui ont “moins”, en tout temps d’ailleurs.
      Je ne me permettrais pas de juger Diane Ducret non plus, car je ne la connais pas et je ne connais pas son histoire, ses blessures et les démons avec lesquels elle lutte, écrivaine ou pas. Une chose que j’ai appris en étant blogueuse, c’est que ce que l’on voit dans les médias, sur les réseaux, n’est u’une partie de l’iceberg et qu’il est impossible de juger quelqu’un sur le peu de choses que l’on sait ou ce que l’on voit (avec ou sans millions d’euros en poche).
      Tout à fait quand tu expliques ta situation passée et présente, cette situation de confinement nous questionne sur nos choix de vie, quel qu’ils soient. Si l’on a su s’écouter, si l’on sait de quoi l’on a besoin, si on a su mettre en place les choses qui nous sont nécessaires, si l’on a su se concentrer sur l’essentiel. Mais je sais aussi que l’on avance tous à un rythme différent, et qu’il y a un an, le confinement m’aurait trouvée dans un mini-studio, dans un état psychologique très instable. Alors je suis reconnaissante aussi de la chance que j’ai d’avoir pu avancer dans ma vie. Je sais aussi, que parfois on ne peut que survivre et on ne pense pas avoir d’autres choix, alors on est confiné seul-e dans une Cité U ou autre, parce que c’est le moment où le confinement est arrivé. Bref, j’essaye de pas être trop dure avec les autres, et avec moi-même (le moi passé, présent et futur).
      Tout à fait pour la fausse croyance de la fin, j’y ai longtemps cru, parce que j’avais été élevée comme cela. Nous avons tous des fausses croyances à déconstruire et cela prend parfois du temps.
      Bref, je trouve que ce qui est intéressant dans tout ça, pour ceux qui peuvent se le permettre, est de se rendre compte où ça coince, pendant le confinement et comment améliorer cela pour la suite? Tu as cette même impression?

  2. Oui je suis d’accord, c est l’occasion donnée pour nous mettre face à ce qui bloque. Perso, pour l’instant, ça m’a mise face à tout un tas de croyances limitantes que j’avais absorbées en écoutant des gens du développement perso ou de la spiritualité qui, pour résumer, clament qu’on devrait être capable d’être heureux avec seulement un toit, de quoi se nourrir, se vêtir et se laver… ce à quoi pourrait à priori se résumer le confinement… mais c’etait Sans compter sur des vidéos de « et tout le monde s’en fout » qui m’ont fait découvrir « les 14 besoins fondamentaux de l’être humain » et comment c’était finalement tout à fait normal que je sois en colère ou triste à l’idée de devoir me limiter aux besoins de base identifiés par les pseudo thérapeutes spirituels! L’humain a besoin de bien plus pour être heureux.
    Donc oui je te rejoins tout à fait.

    Par contre je ne souscris pas à la thèse des privilèges de naissance. Y a plein de gosses de riches qui tournent mal car leurs parents ne sont pas du tout là pour eux, tandis qu il y a des gosses pauvres mais qui auront reçu une éducation secure, il y a des personnes de couleurs qui « réussissent » et des blancs qui ne chercheront jamais à travailler…
    En fait chacun va avoir l’occasion de travailler ses blessures avec les situations qui se présentent à lui. Et qu’on soit riche, classe moyenne, blanc, noir étc … tout le monde peut avoir un domaine de sa vie au top et un autre tout pourri. A mon sens, Penser que je suis privilégiée parce que je suis blanche c est encore porter une forme de culpabilité par rapport à d’autres personnes (et partir du principe que je suis mieux qu elles sur la base d’une typologie) alors que je ne suis nullement responsable de cette situation (et que je ne connais pas la réalité concrète de leurs vies qui sont peut être mieux équilibrées que la mienne). Et j’ai beau être blanche, je suis née avec un problème aux yeux qui aurait pu me priver d’un œil s’il n avait pas été diagnostiqué à temps. Ça a été une galère. Du coup est ce qu une personne noire mais en bonne santé est privilégiée par rapport à moi ? Ben en fait non, on a juste tous nos problèmes et on arrive tous, plus ou moins rapidement, à tirer notre épingle du jeu dans plus ou moins de domaines.
    A mon sens, La thèse des privilèges de naissance ne conduit qu à sous entendre que « quand on est blanc et avec un peu d argent, nos pb sont quand même moins graves que ceux des autres ». Ce qui est faux. Dès lors que je ne suis pas heureuse, je mérite mon attention pour me sortir de la, et non pas de me culpabiliser en me disant « non mais relativise, y a des femmes battus et des gens qui ont un cancer ».

    1. Merci pour ton commentaire et la continuation du débat, j’aime ça 🙂 Après c’est comme tout, il y a développement personnel et développement personnel et des choses qui nous parlent plus que d’autre. Personnellement, je ne suis pas sûre que le bonheur soit un but ultime, même si cela l’a été pendant longtemps, et que je peux vivre des moments de bonheur et d’autres plus tristes (et bien sûr tout le reste de la palette des émotions), dans ma vie quotidienne, en voyage, mais aussi en confinement.
      Oui je comprends ce que tu veux dire pour les Privilèges, mais à mon sens, la comparaison individuelle qu’elle soit positive ou négative ne dépeint pas tout le tableau et qu’il faut penser de manière plus globale. Il ne s’agit bien sûr jamais de comparer qui a eu plus de chance dans la vie, qui est partie avec plus de cartes en main, qui a le plus de privilèges, parce que cela ne mène à rien et que c’est surtout impossible, car l’on vit tous notre intériorité, nos blessures et notre résilience différemment, comme tu le dis. Par contre, nier son privilège pour moi, c’est aussi fermer les yeux sur les injustices et inégalités sociales qui sont réelles. Si je dis que j’ai le privilège d’être blanche, cela ne nie pas du tout tous les autres désavantages et difficultés que j’ai eu dans la vie, pour les comparer avec quelqu’un de noir par exemple, qui n’aurait pas eu ses défis que j’ai eu à relever. Par contre, le dire, l’accepter, tout autant que j’ai conscience des privilèges que je n’ai pas, c’est pour moi ouvrir le dialogue, écouter et être empathique envers un problème que je n’ai pas eu à faire face et cela fait de moi, je l’espère une alliée. Parce que je n’ai jamais eu à faire face au délit de faciès, parce que on ne m’a pas jugé en une seconde en voyant ma couleur de peau, parce qu’aux Etats-Unis, je n’ai pas à avoir peur d’un contrôle de police, parce que je ne suis pas objectifiée sexuellement pour ma couleur de peau (pour d’autres choses oui, mais pas pour ca), parce que la culture populaire et classique renvoie à moi une image qui me ressemble (là encore, c’est plus compliqué avec d’autres facteurs) et donc pour moi ce serait nier toutes les injustices présentes, futures et passées. Si je me mets de l’autre côté un instant, lorsqu’un homme n’accepte pas qu’il a le privilège (cela ne veut d’ailleurs pas dire que je convoite et veut ce privilège et chercher à lui enlever quoi que ce soit) de l’être et que j’ai dû me battre plus que lui pour certaines choses, que je dois me comporter différemment pour assurer ma sécurité ou le regard que la société a sur moi, etc, cela ne fait pas de lui un allié, et surtout cela ne remet pas en question ma résilience personnelle, si je n’ai pas eu à faire face à des choses difficiles ou compliquées en tant que femme. De la même manière, beaucoup de gens ne comprennent pas le privilège d’être mince, sans jamais avoir été obèse, parce qu’ils n’imaginent même pas ce que ça veut dire, etc sur toutes les thématiques. Pour moi, admettre son privilège, sans nier ceux que l’on a pas, c’est ouvrir le dialogue, écouter l’autre, se remettre en question et accepter que l’autre a eu une expérience différente de la mienne, sans craindre qu’ils veulent m’enlever quoi que ce soit ou nier mes propres difficultés et combats. J’essaye de plus en plus de m’imprégner de cultures différentes, de lire, écouter, voir des choses qui peut-être me mettent mal à l’aise par rapport à mon privilège, mais me font grandir. J’ai été à un Comedy Club noir sur la tématique du Black History Month à Berlin par exemple, et même s’il y avait des malaises et des moments où je me suis rendue compte que je n’avais aucune idée sur plein de choses et que je devais me remettre en question, c’était passionnant. Il ne s’agit pas de porter la culpabilité sociétale, mais simplement accepter et écouter un autre point de vue. Je n’y vois pas d’échelle linéaire de privilèges, mais toute une palette complexe, mais riche. Et évidemment, chaque problème, chaque deuil, chaque défi est grave pour la personne, parce que c’est elle qui le vit et qui vit ses émotions et sa douleur. Enfin, voilà où j’en suis des réflexions pour le moment, mais c’est très intéressant d’échanger, sur des thématiques que je ne maîtrise pas forcément, mais qui mérite le dialogue.

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